Ce
blog s’intitule Sciences Sociales, Culture et
Politique, créé pour servir de forum d’idées aux changements
socio-politiques qui se dessinent en Algérie depuis le 22 février 2019. Dans
cette phase de rupture, les sciences sociales sont sollicitées pour éclairer
l’opinion sur les mécanismes complexes des luttes politiques et idéologiques. Les
sciences sociales, disciplines académiques, sont une activité intellectuelle indispensable
pour comprendre et expliquer les évolutions sociales. Ce qui se passe
aujourd’hui en Algérie n’est pas un accident de conjoncture ; il est le
résultat d’un processus qui demande à évoluer vers une autre phase historique. Ce qui se passe s’explique par le passé et la
sociologie du pays, marqués par les contradictions de la période coloniale
auxquelles l’Etat postcolonial a apporté des solutions insuffisantes. Le
nationalisme algérien, monopolisé par les militaires, avait besoin de se
redéployer et d’être mobilisé par la rue pour rééquilibrer les rapports entre
l’Etat la société.
mercredi 8 mai 2019
Gaid Salah: Chef d'Etat-Major ou Chef d'Etat?
Le général Gaid Salah
parle désormais chaque mardi pour répondre aux revendications du mouvement
populaire qui veut un changement de régime. Il le fait non pas en chef
d’Etat-Major mais en chef d’Etat tout court. Il incarne publiquement le
leadership politique après que le mouvement populaire a mis fin au factice habillage
civil du régime. Où est Bensalah le président par intérim ? La façade
civile du régime s’est effondrée en quelques jours comme un château de sable,
laissant découvrir un personnel politique d’une superficialité et d’une
médiocrité inimaginables. En l’absence du Personnel Civil Assimilé, Gaid Salah
avance découvert sur le terrain miné de la politique où désormais la langue de
bois n’est d’aucun secours.
A qui appartient la souveraineté nationale: au peuple ou à l'Etat-Major?
L’un des premiers
résultats de la contestation populaire du 22 février est d’avoir mis à nu le
système politique algérien dans lequel il y a désormais deux acteurs politique
visibles qui se font face : le peuple qui occupe la rue chaque vendredi et
l’Etat-Major qui espère une baisse de la mobilisation pour reprendre
l’initiative. Engagés dans un rapport de force sans concessions, ces deux
acteurs cherchent à influer sur le cours des événements pour atteindre leurs
objectifs respectifs divergents.
mardi 7 mai 2019
Qui gouverne en Algérie?
Cette question se pose
depuis longtemps en Algérie dans les discussions quotidiennes et dans les
articles de presse où est utilisée l’expression « le pouvoir » pour
désigner les gouvernants. Malgré le flou qu’elle implique, nous savons
cependant plus ou moins que cette expression renvoie à un mécanisme d’exercice
de l’autorité de l’Etat au centre duquel il y a la hiérarchie militaire. Pour
des raisons historiques, l’Etat algérien s’est construit à partir de l’armée,
mais l’élite militaire a raté l’occasion d’octobre 1988 pour se retirer du
champ de l’Etat. Se substituant à la souveraineté populaire, la hiérarchie
militaire ne déclare pas officiellement qu’elle est la source du pouvoir en
lieu et place de l’électorat. Mais tout le monde sait que c’est elle qui
désigne le président. Comment alors analyser le régime algérien alors qu’il est
incompatible avec l’ordre constitutionnel ? La science politique a des
difficultés à étudier le régime algérien qui relève plutôt de l’anthropologie
politique mieux outillée conceptuellement pour analyser les rapports d’autorité
formels et non formels. Sa particularité est que les institutions ne véhiculent
pas toute l’autorité de l’Etat. Ces derniers jours, des responsables de partis
de l’administration parlent de « forces extraconstitutionnelles » qui
interfèrent dans la prise de la décision politique.
L'armée, la politique et la société algérienne
Le soulèvement pacifique
de la population en Algérie marque un retour en force de la politique qui a été
interdite par l’armée depuis l’indépendance. Cette interdiction de la politique
ne signifie pas que l’armée s’opposait au peuple ou qu’elle se mettait au
service de couches sociales dominantes. L’interdiction de la politique était en
cohérence avec le populisme hérité du mouvement national dont l’ANP est le
prolongement organique et l’expression idéologique. L’ANP n’est ni un appareil
hérité de la colonisation comme chez nos voisins, ni une institution liée aux
franges supérieures de la société. Elle est le produit du mouvement national,
prenant ses origines dans l’ENA, le PPA-MTLD, l’OS et enfin l’ALN.
lundi 6 mai 2019
Les hardliners et les sofliners face à la révolution joyeuse
Dans toute révolution qui
conteste un régime en phase finale, il y a des hardliners prêts à mettre le feu aux poudres pour créer des
diversions, et des sofliners qui sont
prêts à des concessions pour accompagner un changement inéluctable. Du point de
vue historique, il y a des transitions qui échouent (l’Algérie en 1991, la
Syrie en 2011), d’autres qui s’opèrent à travers une violence sanglante (l’Iran
de 1978) où les hardliners finissent par prendre la fuite à l’étranger, et des
transitions qui se déroulent pacifiquement (les pays de l’Est européen au début
des années 1990). Les transitions pacifiques sont celles où les softliners arrivent à neutraliser les hardliners avec comme perspective leur
recyclage dans les nouvelles institutions. Comment lire la situation actuelle
en Algérie à travers cette grille de lecture ?
Dynamique révolutionnaire et changement de légitimité
Depuis le 22 février, l’Algérie
est entrée dans une période révolutionnaire qui fondera un nouveau régime. La
période révolutionnaire est une phase durant laquelle s’exprime un changement de
légitimité demandé par l’ensemble de la société que la violence d’Etat ne
pourra pas neutraliser.
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